Chères adhérentes, chers adhérents, chers collègues,
Y’a pas de « mais » …
S’il y a bien une phrase qu’on entend très… trop souvent, c’est bien ce type d’affirmation négation, ces phrases qui commencent par « Je n’ai rien contre… mais » et sa variante « Je suis pour… mais ». Trop de « mais » relèvent-ils des idées peu ou pas assumées ? Cette tournure de phrase est-elle la nuance, la contradiction ou la crainte d’assumer ses convictions ?
Combien sommes-nous, y compris moi-même, à affirmer avec aplomb une chose pour aussitôt la nuancer, au point d’en arriver bien souvent à dire le contraire ? Un « mais » qui en quelque sorte auto-annule la phrase précédente, une différence fondamentale par le simple rajout “Je suis pas contre mais…” ? En fait, il faut comprendre que la conviction se situe juste après ce “mais”.
Délicat comme je vous connais, je sais parfois que ce « mais » permet de se sortir de situations délicates… les fameux sujets à éviter en famille par exemple, ou au travail. Vous pouvez toujours vous en sortir par un habile « Je suis contre mais je n’entrerai pas dans le débat ». Abordé sur des grands sujets, certains très clivants, comme sur des sujets plus légers, on peut tout y mettre dans ce fameux « MAIS… » de nuance, telle la pilule d’un message qui aurait du mal à passer en tant que tel.
Allons-y… « Je suis pour la liberté d’expression mais… », « Je suis contre le cumul des mandats mais… », le modèle du genre reste bien « Je suis contre la peine de mort mais… ». Bien des sujets… la chasse, les frontières, la vaccination, le nucléaire, l’écriture inclusive, le réchauffement climatique pour lesquels la nuance du « mais » sera très utile et vous sortira de situations irréversibles.
En revanche, lâchez-vous sur des sujets tout aussi clivants mais qui ne devraient pas remettre en cause des amitiés de 30 ans. « Quoi ??? Tu manges encore du beurre doux toi ? C’est marrant. Mais après t’étonnes pas que personne ne t’invite en soirée. Je parie que tu es du genre à acheter une chocolatine en Bretagne aussi ». « Je suis pour la cuisine expérimentale mais… franchement, la pizza à l’ananas, c’est abusé !!! ». « Je ne suis pas contre la sauvegarde des orangs-outans mais faut avouer qu’il n’y a rien de comparable au Nutella, t’es d’accord ? ». Il vous reste enfin le « mais » jamais tranché à ce jour : « Je ne suis pas spécialement pour les happy ends mais si Rose s’était serrée un peu, tu crois pas que Jack aurait tenu sur ce morceau de porte à la fin de Titanic ? ».
A moins que vous ne soyez frappés de cusuraphobie, la peur de tout, alors vous pouvez aborder tous les sujets… évidemment… mais… peut-être pas avec n’importe qui.
Laurent TINTIGNAC – Secrétaire général de l’UNSA-Défense